Depuis que j'ai atteint l'âge de la discrétion j'ai constamment bu plus
que la plupart des gens le jugeraient bon pour moi. Je puis l'avouer sincèrement.
Je ne le regrette d'ailleurs pas.
Pour moi le vin fut un ami fidèle et un sage conseiller.
Il m'a souvent présenté les choses dans leur véritable perspective et, comme par un coup de baguette magique, il a réduit de grands désastres à la proportion de petits désagréments.
Le vin a illuminé pour moi les pages de la littérature et m'a révélé
le romanesque tapi dans la banalité.
Le vin m'a rendu hardi mais pas fou ; il m'a incité à dire des sottises mais pas en faire.
Sous son influence certains mots me sont venus trop aisément aux lèvres que j'aurais mieux fait de ne pas proférer, et j'ai écrit des lettres qu'il eût été préférable de ne pas envoyer.
Mais en additionnant ces petites indiscrétions inscrites dans la colonne du débit au compte du vin on trouverait un total insignifiant par rapport à la somme énorme accumulée à la colonne du
crédit.