Peu de vin peuvent se vanter d'avoir fait couler autant d'encre
que les sauternes et les barsac.
Chaque auteur, chaque journaliste, chaque historien, ou presque ,
a apporté sa thèse ou, pour être plus exact, son hypothèse expliquant
l'origine de ces vins peu ordinaires.
Le mystère des sauternes
Personne en effet n'est parvenu à dire avec précision à quelle époque
sont apparus les sauternes actuels, c'est à dire des vins liquoreux obtenus
par une récolte de raisins surmûris.
De ce fait, si le vignoble sauternais est fort ancien, puisque de création romaine,
il ne produisit longtemps que des "clairets", à l'exception des domaines
ecclésiastique qui donnait naissance, au Moyen Age, à un vin blanc
doux sur le modèle méditerranéen.
En l'absence de documents ayant une réelle valeur historique,
on pourrait être tenté de se reporter à la tradition orale. Celle-ci est riche et
abondante mais sans doute un peu trop pour pouvoir apporter
un éclairage satisfaisant.
Selon l'hypothèse la plus crédible, la recherche de la surmaturité par des
vendanges tardives serait apparue vers le XVII ème siècle.
A cette époque du moins, on en trouve déjà la trace dans certains documents
et l'on sait que, certainement sous l'influence des Hollandais, la région
exportait des vins moelleux.
Déjà, dans l'ensemble des vins bordeaux blancs, destinés au Pays-Bas
et à l'Europe du Nord, les productions de Sauternes, Barsac, Bommes et Preignac, étaient les plus côtées.
Le siècle des Lumières vit s'affirmer leur prééminence.
Cette confirmation fut favorisée par l'action de l'aristocratie locale,
de vieille noblesse terrienne ou parlementaire, qui introduisit
la technique des vendanges par tries et l'amélioration des méthodes de vinification.
La réputation des vins franchit les frontières et les océans.
une anecdote illustre ce propos.
En 1787, Jefferson, de passage à Bordeaux, visita Yquem et commanda
250 bouteilles du millésime1784.
Mieux, lorsque de retour aux Etats-Unis il en fit goûter une à Washington, celui-ci, enthousiasmé, en fit venir 30 douzaines.