Un peu d'histoire
source : Le grand livre du Beaujolais



Jean-Jacques PIGNARD

Il était une fois... Comme dans tous les contes d'enfants, l'histoire du Beaujolais commence par un château. Celui de Pierre Aiguë, au-dessus de Beaujeu, d'où, voici juste mille ans, un seigneur féodal du nom de Béraud se lança à la conquête des terres d'alentour. Le seigneur et ses descendants étaient vaillants et preux. Ils combattirent au nord les comtes de Mâcon, au sud les archevêques de Lyon, à l'est la Maison de Savoie, à l'ouest les Foréziens. Entre Saône et Loire, leur domaine s'enflait à chaque victoire, se rétractait à chaque défaite... Ils finirent par lui donner le nom de leur capitale : bellum jugum, la belle montagne, ou bellum jocum, la bonne blague.

Le Beaujolais était né.

 

REMUANTS
SIRES DE BEAUJEU

 

Pendant près de quatre siècles, la petite baronnie va mener son bonhomme de chemin, sans rien devoir à personne. Au diable le roi et l'empereur... Les sires de Beaujeu sont maîtres chez eux. Une jolie galerie de personnages en vérité. Voici Guichard se préparant à accueillir le Pape sur ses terres et qui, averti de l'arrivée prématurée du pontife alors qu'il se fait la barbe, se précipite à sa rencontre, une joue imberbe et l'autre broussailleuse...

Voici Humbert, parti pour la croisade et qui, arrivé en Terre sainte, s'enthousiasme pour l'ordre du Temple au point de se faire lui-même Templier, oubliant qu'il a laissé à Beaujeu femme et marmaille... Tête de la maman quand son Humbert devenu moine rentre au bercail tout couvert de bure et tout confit en dévotion ! Soucieuse de la paix des ménages, l'Église le releva de ses voeux, mais pour payer le prix de son insouciance, Humbert dut bâtir à Belleville une abbaye et une collégiale... la plus belle qui soit encore en Beaujolais.

Voici Guichard accordant une charte aux bourgeois de sa bonne ville de Villefranche. De par la grâce de leur sire, les habitants de cette cité, les Caladois, se voient comblés de bienfaits et de privilèges, y compris celui de battre leur femme, à condition seulement que mort ne s'ensuive.

Voici enfin le triste Édouard, querelleur et buveur, ripailleur et trousseur de gueuses, jetant son dévolu sur la belle Isabelle, fille de Guyonnet, notable de Villefranche. Fou d'amour, le seigneur enlève la donzelle, lui fait moult hommages en son manoir de Pouilly-le-Châtel et refuse obstinément de la rendre à son papa... au point que ce dernier doit en appeler au roi. Deux huissiers dépêchés sont prestement expédiés par Edouard dans ses oubliettes, avec leur sommation et leur cachet de cire au travers de la gorge. Il faut une petite armée pour contraindre le sire à restituer la pucelle,, ou du moins ce qu'il en reste... Pauvre Edouard, condamné à finir ses jours dans les prisons du roi et à y pleurer son Isabelle... et ses terres confisquées par les Bourbon. C'en était donc fait de notre indépendance. Que la légende naquît au XVIème siècle sous la plume inspirée du clerc Paradin n'enlève rien à la vérité. En 1400, Édouard II de Beaujeu, couvert de dettes, avait dû aliéner son domaine.
Que ce fût pour une histoire d'amour n'est pas pour nous déplaire... « Le prisonnier de la tour s'est tué ce matin... Isabelle, si le roi savait ça! »

Par L'Art de Vivre - Publié dans : Quand l'histoire s'en mêle... - Communauté : Tout sur le vin
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